04-19.05.17 - Rennes - France

Jean-François Karst, Planche contact

Exposition / Publication

Dans son rapport à la peinture, Jean-François Karst se réfère volontiers à une légende rapportée par Pline l’Ancien. Pour conserver la mémoire de son amant, Butadès de Sicyone aurait tracé les contours de son visage sur un mur, à l’aide de son ombre portée. Son père, potier, y appliqua ensuite de l’argile avant de faire durcir le relief avec le reste de ses poteries. Jean-François Karst se plait également à citer la découverte par l’égyptologue Auguste Mariette des deux sculptures du prince Rahotep et de son épouse Nofret en 1871, caractéristiques du naturalisme de la sculpture égyptienne du IIIe siècle avant JC. Enfouies dans une nécropole au sud du Caire, leurs yeux scintillèrent au contact de la lumière naturelle, provoquant une vague de terreur chez les ouvriers égyptiens les ayant découverts. À cette époque, il était notamment d’usage d’utiliser des pierres précieuses imitant parfaitement les yeux des défunts : quartz laiteux, iris en cristal de roche et pupille faite d’un cône d’ébène.

                                                                

Ces deux références évoquent la propension de l’art, depuis sa création, à conserver une empreinte du réel, à « imiter » (mimèsis) mais aussi à se jouer de la propriété des matériaux. Le travail pictural de Jean-François Karst interroge précisément cette faculté à faire illusion, à travers la notion de faux-semblant. En 2003, il inaugure une série de peintures dont le sujet est la matérialité même de la peinture – entendue depuis près de deux siècles comme une toile tendue sur un châssis. Les peintures consistent, en apparence, en de simples châssis ayant subi des déformations. Il s’agit en vérité de l’empreinte de véritables châssis, reproduite à partir d’un moule en latex, enduite de peinture acrylique et déformée par une masse remplissage venant rigidifier l’ensemble. Afin de repousser les limites de la peinture, les techniques employées par l’artiste incluent tout aussi bien de la mousse polyuréthane, de la résine, du latex que de la peinture, soit autant de matériaux empruntés au domaine de la sculpture et du bas-relief.

 

Dans la continuité de ces recherches, Jean-François Karst a initié en 2016 une série de multiples, Planche contact, érigeant le relief de matériaux quotidiens en motifs : feuilles de métal froissées, OSB, polystyrène, enrobé, crépi, mosaïque, etc. Après en avoir moulé un détail, l’artiste matérialise picturalement leurs empreintes avant de transférer le résultat sur une planche de bois. Ces multiples modifient notre perception de la peinture, celle-ci s’offrant à voir dans une dimension haptique. À la question « pourquoi peins-tu ? », Jean-François Karst répondait en 2009 : « Parce que ce qu’on voit est souvent différent de ce qu’on croit voir et pour ce qui se passe dans ces moments-là. Pour la perception qui se développe à force d’y faire attention et pour les effets que ça procure. (…) Pour réactiver des sensations »*. Les multiples apparaissent en effet comme une invitation à reconsidérer ces textures qui nous abritent ou nous entourent, que nous foulons du pied quotidiennement ou encore celles que nous destinons parfois au rebut.

 

*Aude Launay et Jean-François Karst, entretien dans le cadre de l'exposition Une exposition de peinture, L’Atelier, Nantes, 2009.