05.10.26 — 03.01.27 - Rennes - France
4X3 - Claude Closky
Rencontre avec l'artiste le 3 novembre.
Six affiches qui présentent des gros plans d’emojis animaliers — cochon, chien, lapin, vache, chat et poussin — agrandis à l’échelle monumentale 4×3 mètres de la publicité urbaine. Elles proposent aux passants et aux automobilistes une réflexion sur l’écologie, sur l’effacement progressif de la nature et du vivant, qui laisse place à l’illusion d’un monde lisse et maîtrisé.
Le titre opère un premier déplacement : il fait passer ces figures numériques pour des animaux familiers, tout en faisant référence à «La Ferme des animaux» de George Orwell. Comme dans la fable d’Orwell, les animaux deviennent les protagonistes d’une représentation politique — non plus celle d’une révolution trahie, mais de la transformation de notre langage par les interfaces propriétaires.
Les emojis permettent de remplacer des mots, des expressions ou des phrases par des signes immédiatement identifiables. Ils condensent une situation ou une émotion en une forme simple et reproductible. Leur usage généralisé participe ainsi à une transformation du langage, où la rapidité de transmission tend à primer sur la complexité de l’énoncé. En les recadrant et en les agrandissant démesurément, l’œuvre inverse leur échelle habituelle. Ces petites figures conçues pour tenir dans quelques pixels au creux de la main occupent ici l’espace de l’affiche et acquièrent une présence matérielle écrasante. Leurs formes lisses, rondes et enfantines, leurs expressions bienveillantes deviennent inquiétantes dans cette disproportion. Depuis des panneaux placés à plusieurs mètres du sol, les emojis animaux nous regardent de haut, comme amusés et satisfaits de la situation qu’ils dominent.
Claude Closky est né en 1963 à Paris, où il vit et travaille. Depuis les années 1980, il développe une œuvre qui utilise aussi bien le dessin, la photographie, la vidéo et l’installation que le livre, l’affiche et Internet. Son travail s’intéresse aux formes ordinaires de la culture et de la communication — images, textes, chiffres, signes et publicités — qu’il observe, détourne et réorganise avec humour. Il reçoit le Prix Marcel Duchamp en 2005.























